1. L’indivision, une étape automatique et provisoire
Dès le décès, et sans aucune démarche à accomplir, les biens de la succession appartiennent collectivement à l’ensemble des héritiers : c’est l’indivision. Chacun détient une quote-part exprimée en fraction du tout — la moitié, un tiers, un quart — mais personne ne possède un bien en particulier tant que le partage n’a pas eu lieu.
Concrètement, trois enfants héritant de la maison familiale ne se retrouvent pas propriétaires d’une pièce chacun : ils sont ensemble propriétaires de la totalité du bien, à hauteur d’un tiers chacun. C’est précisément ce qui rend les décisions collectives, et parfois difficiles.
L’indivision n’est pas censée durer : le Code civil pose le principe que nul ne peut être contraint d’y rester et que le partage peut toujours être demandé, sauf s’il a été suspendu par un jugement ou par une convention entre les héritiers.
2. Qui décide quoi : les trois niveaux de majorité
La règle la plus utile à connaître est que tout ne se décide pas à l’unanimité. Le Code civil distingue trois catégories d’actes, avec des exigences différentes :
- Les actes conservatoires — ce qui est nécessaire pour préserver le bien, comme réparer une toiture qui fuit ou remplacer une chaudière hors service — peuvent être décidés par un seul indivisaire, sans l’accord des autres.
- Les actes d’administration — la gestion courante, comme renouveler un bail d’habitation ou vendre des meubles pour régler les dettes de l’indivision — nécessitent l’accord d’héritiers représentant au moins les deux tiers des droits indivis.
- Les actes de disposition — au premier rang desquels la vente du bien immobilier — exigent en principe l’accord unanime de tous les indivisaires.
3. Pourquoi la vente bloque si souvent
C’est la règle de l’unanimité qui explique la plupart des situations de blocage : il suffit qu’un seul héritier refuse, ou reste injoignable, pour qu’une vente ne puisse pas se faire, même si tous les autres sont d’accord.
Une procédure existe pour sortir de cette impasse. Les indivisaires représentant au moins les deux tiers des droits peuvent exprimer devant notaire leur intention de vendre le bien. Le notaire notifie cette intention aux autres indivisaires, qui disposent d’un délai pour se manifester. En l’absence d’accord, le tribunal judiciaire peut autoriser la vente, à condition qu’elle ne porte pas une atteinte excessive aux droits des héritiers opposés. La vente prend alors la forme d’une vente judiciaire, et les sommes obtenues ne peuvent servir qu’à régler les dettes et charges de l’indivision.
Cette voie n’est ni automatique ni rapide : elle passe par un notaire puis par le juge. Elle mérite d’être envisagée avec un professionnel plutôt que présentée comme une formalité.
4. Qui paie les charges pendant l’indivision
Tant que le partage n’a pas eu lieu, les charges du bien — taxe foncière, charges de copropriété, assurance, travaux, factures d’énergie — sont des charges de l’indivision. Chaque héritier y contribue à proportion de sa quote-part, et non à parts égales si les quotes-parts diffèrent.
Un héritier qui avance seul une dépense de l’indivision ne la perd pas : il peut en demander le remboursement aux autres, à hauteur de leur part. Il est donc essentiel de conserver les justificatifs de tout ce qui est réglé — factures, avis d’imposition, relevés — car ces sommes seront prises en compte au moment du partage.
Symétriquement, un héritier qui occupe seul le logement indivis peut être redevable d’une indemnité d’occupation envers l’indivision, puisqu’il jouit d’un bien qui appartient aussi aux autres. Ce point est fréquemment source de tension entre proches : mieux vaut l’aborder tôt, et par écrit, que le découvrir au moment des comptes.
- Avis de taxe foncière
- Appels de charges de copropriété
- Quittances d’assurance du bien
- Factures d’énergie et d’eau
- Devis et factures de travaux
5. Organiser l’indivision plutôt que la subir
Lorsque le partage ne peut pas intervenir rapidement — un bien difficile à vendre, des héritiers mineurs, un désaccord à apaiser —, les indivisaires peuvent conclure une convention d’indivision devant notaire. Ce document fixe les règles du jeu : qui gère, qui paie quoi, comment sont prises les décisions, qui occupe éventuellement le bien et à quelles conditions.
Une convention d’indivision est conclue pour une durée déterminée, renouvelable, ou pour une durée indéterminée. Le notaire chargé de la succession est le mieux placé pour indiquer la forme adaptée à la situation et la durée à retenir.
Les indivisaires peuvent aussi désigner l’un d’entre eux — ou un tiers — comme gérant de l’indivision, ce qui évite d’avoir à réunir tout le monde pour chaque décision courante.
6. Les trois façons de sortir de l’indivision
Sortir de l’indivision suppose de mettre fin à la propriété commune. Trois voies principales existent, de la plus apaisée à la plus contentieuse.
- Le partage amiable : les héritiers se mettent d’accord pour répartir les biens. Un héritier reçoit le logement, un autre les placements, un autre les liquidités. Lorsque les lots n’ont pas la même valeur, celui qui reçoit le plus verse une soulte aux autres pour rééquilibrer.
- La cession de ses droits indivis : un héritier vend sa quote-part, soit à un cohéritier, soit à un tiers. Dans ce second cas, les autres indivisaires doivent d’abord être informés et peuvent se porter acquéreurs en priorité.
- Le partage judiciaire : à défaut d’accord, tout héritier peut saisir le tribunal judiciaire pour demander le partage. Si le bien ne peut pas être divisé matériellement, il est vendu aux enchères (licitation) et le prix réparti entre les héritiers selon leurs droits.
7. Ce qu’il faut réunir avant d’en parler au notaire
Les discussions sur l’indivision avancent beaucoup plus vite lorsque chacun dispose des mêmes informations. Avant le rendez-vous chez le notaire, il est utile d’avoir rassemblé l’acte de propriété du bien, les derniers avis de taxe foncière, les appels de charges, les contrats d’assurance et d’énergie, ainsi que le relevé des dépenses déjà avancées par l’un ou l’autre des héritiers.
Après moi aide à centraliser ces documents et à identifier les organismes liés au bien du défunt — assurance, énergie, eau, copropriété — pour que rien ne reste en suspens pendant que la succession se règle. L’outil organise le dossier et prépare les courriers à relire ; il ne remplace ni le notaire, ni le juge, dès lors que le partage ou un désaccord entre héritiers doit être tranché.
